Méconnu ou tabou, le handicap psychique fait peur aux entreprises

AFP Publié le 18/11/2011 à 19:43

Reconnu depuis peu, le handicap psychique, dont souffrent environ 600.000 personnes en France, reste tabou dans les entreprises, souvent démunies face à ces troubles, ce qui complique l’embauche et le maintien dans l’emploi.

Ce handicap, distinct du handicap mental, n’a été officiellement reconnu que dans la loi de 2005. Une reconnaissance qui ne s’est toutefois accompagnée d’aucune définition.

Le handicap psychique est la conséquence de diverses maladies: les psychoses, et en particulier la schizophrénie, le trouble bipolaire, les troubles graves de la personnalité ou encore certains troubles névrotiques graves comme les TOC (troubles obsessionnels compulsifs).

Selon les associations, environ 600.000 personnes en France souffrent de troubles psychiques, qui affectent leurs relations ou leur comportement au travail. Et un tiers des Français vont être confrontés, directement ou dans leur entourage, à ce handicap.

Or « il y a dans les entreprises une incompréhension totale de ce handicap », a estimé Diane Flore Depachtère, dirigeante de DFD Consulting, cabinet spécialisé dans les politiques de diversité, lors d’un colloque organisé jeudi par le groupe Mornay.

« Les préjugés sont nombreux », a-t-elle détaillé: « les DRH craignent que les personnes recrutées atteintes de ces troubles fassent des +pétages de plombs+ sur les lieux de travail, que le taux de suicide explose… »

Soumises à des obligations d’emplois de personnes handicapées, les entreprises pensent d’abord à embaucher des handicapés moteurs, a confirmé Karine Reverte, directrice du Comité de coordination action handicap, lors du colloque.

Celles qui sont confrontées au handicap psychique semblent parfois démunies face à ces incidences au travail. « On est en veille permanente », a témoigné Dominique Bourbier, responsable d’équipe chez Orange.

Evoquant le cas d’un salarié « en poste depuis trois ans, et dont les soucis s’aggravent », elle a détaillé ses difficultés d’insertion professionnelle: « il met en moyenne 15 minutes à s’installer et 40 minutes à préparer ses affaires pour partir ».

« Cela crée des tensions avec ses collègues, qui ne comprennent pas la maladie avec ses obsessions, ses contrôles, les arrêts de travail à répétition, ou le fait qu’il redemande sans cesse si son travail est bien fait », a-t-elle raconté. « Toute l’ambiguité de la situation, c’est qu’on sent qu’il a besoin de travailler et qu’il veut toujours bien faire », a ajouté Mme Bourbier.

En effet, la travail se révèle être une expérience bénéfique pour les personnes en situation de handicap psychique, soulignent les associations.

Mais « les entretiens d’embauche sont souvent vécus comme une barrière infranchissables », a souligné Marli Stiefattre, responsable à l’association d’entraide « Vivre ». « L’idée d’expliquer ses troubles dans un CV, la crainte des réactions de l’employeur sont autant de freins pour les demandeurs d’emplois », a-t-elle expliqué.

Résultat: le taux de chômage des personnes atteintes de troubles psychiques, impossible à mesurer, serait « massif ».

Difficulté supplémentaire, le salarié n’est pas toujours conscient de sa pathologie ou ne la déclare pas.

Or « pour réussir une intégration professionnelle, il faut pouvoir aménager les postes et le rythme de travail, donc bien connaître l’état de santé du salarié », a souligné Bruno Benyounes, médecin du travail chez Sanofi.

Selon les professionnels du sujet, qui ont tous insisté sur l’importance de l' »accompagnement », les personnes ont plus de facilité à parler de leur handicap lorsqu’elles « se sentent en confiance ».

« Leur devenir ne dépend pas seulement de l’évolution de la maladie mais aussi de leur environnement au travail », a notamment insisté Bernard Pachoud, psychiatre et chercheur au CNRS.

article paru sur LePoint.fr le 18 novembre 2011.

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C’est la biographie du mathématicien et économiste schizophrène John F. Nash Jr.
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Merci !

Documentaire « Urgences » sur les urgences psychiatriques en 1987 par Raymond Depardon

Raymond Depardon a filmé les urgences psychiatriques de l’hôpital de l’Hotel Dieu de Paris en 1987.

Les malades montrés par Raymond Depardon ne sont pas trop atteints, il y a quelques alcooliques et pas que des schizophrènes.
La caméra gêne un peu la sincérité et la spontanéité des patients.
Les psychiatres ne sont pas tous d’origine française (une psychiatre femme a un petit accent).

Lien vers l’article de Wikipedia sur le documentaire Urgences de Raymond Depardon.

C’est un documentaire assez célèbre.
Je vous le conseille même s’il est vieux (1987).

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« Urgences » de Raymond Depardon sur Amazon.fr.

Médicaments cités par les psychiatres (Dr Henri Grivois) dans le documentaire :
Tofranil
(nom de la molécule et du générique : Imipramine)
C’est le premier-né de la famille des antidépresseurs tricycliques (antidépresseurs les plus forts)

Temesta
(nom de la molécule et du générique : lorazépam)
Le lorazépam est utilisé pour traiter l’anxiété, l’angoisse, et éventuellement dans le sevrage alcoolique.
C’est un benzodiazépine (médicament qui provoque une accoutumance et une dépendance).

depamide
(nom de la molécule : valpromide)
Le valpromide est employé entre autres dans le traitement de psychoses maniaco-dépressives.

« Hopitaux psychiatriques, les abandonnés ». Reportage des « infiltrés » sur France 2

Je vous avais annoncé l’émission de France 2 des infiltrés sur « l’Hôpital Psychiatrique : les abandonnés ». Elle est passé hier soir.

Voici les notes que j’ai prises pendant l’émission :

Aulnay-sous-Bois
secteur C ouvert

27 patients

2 infirmiers, 1 aide soignante, 1 femme de ménage

Mounir : psychose infantile

Véronique : péritonite, soins intensifs

1 meurtre d’une patiente par un patient dans le secteur B

1100 postes de praticiens hospitaliers vacants en France

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Debr%C3%A9
urologue !

4 millions de personnes suivies en psychiatrie en France :
– 2 millions en secteur privé
– 1,2 million en psychiatrie publique
– 500 000 autres en médico-social

1983-84 : suppression de la spécialité psychiatrie pour les infirmières

200 passages par jour aux urgences psychiatriques de l’hôpital d’Aulnay-sous-Bois

les familles

Patricia Bouvelot (membre de l’UNAFAM ?) : soeur qui a syndrome hallucinatoire et sentiment de persécution et qui nie sa maladie

51000 mis en examen
215 irresponsables pénalement
0,4 %

Marcel Rodriguez, retraité, victime d’une tentative d’assassinat par un schizophrène paranoïaque qui a récidivé après et tué quelqu’un dans la même résidence

420 places au total dans les 5 UMD françaises.

Jean-Luc Senninger, Chef de service (psychiatrie) à l’UMD de Sarreguemines (Unité pour malades difficiles)

17 à 20 crimes qui touchent des tiers (par an ?)

LES INFILTRÉS – HÔPITAL PSYCHIATRIQUE : LES ABANDONNÉS

Mardi 18 mai 2010 à 22h15 sur France 2

En France, le nombre de consultations psychiatriques a doublé en 20 ans. La demande de soins psychiatriques n’a jamais été aussi grande. Pourtant, Le secteur irait mal. Avec 50 000 lits en moins sur les 20 dernières années, l’hôpital psychiatrique serait devenu un lieu de passage plus qu’un véritable centre de soins. Récemment, à Paris, Pau ou Grenoble, plusieurs faits divers dramatiques ont fait la une de la presse. Entre soins et enfermement, qu’en est-il de la prise en charge de ceux que l’on appelle les malades mentaux ? Personnel surchargé, défaut de formation, contentions abusives, surcharges médicamenteuses : enquête au coeur d’un établissement public. Pour débattre, David Pujadas recevra plusieurs psychiatres, soignants, directeurs d’hôpitaux, parlementaires, et proches de patients.

3 podcasts (interviews audio) sur la schizophrénie

3 podcasts écoutables ci-dessous ou sur mespodcasts.fr

La schizophrénie : dépister pour mieux traiter

De nouveaux traitements médicamenteux, associés à une psychothérapie, permettent aujourd’hui une meilleure prise en charge de la schizophrénie.

1. Comment reconnaître une schizophrénie(16mn)

Comment reconnaître une schizophrénie.mp3

600 000 personnes en France sont atteintes par cette maladie aux manifestations diverses. Quels en sont les symptômes et les causes ? S’informer sur la schizophrénie et contrer les idées reçues grâce auPr Jean-Pierre Oliéchef du service de santé mentale et de thérapeutique de l’hôpital Sainte-Anne (AP-HP) et au Dr David Gourionpsychiatre à l’hôpital Sainte-Anne (AP-HP).

2. Le progrès des traitements (17mn)

Le progrès des traitements.mp3

A côté des neuroleptiques d’ancienne génération, de nouveaux médicaments aux effets secondaires mieux tolérés sont proposés. Toutes les explications en compagnie du Dr David Gourionpsychiatre à l’hôpital Sainte-Anne (AP-HP) et du Pr Jean-Pierre Oliéchef du service de santé mentale et de thérapeutique de l’hôpital Sainte-Anne (AP-HP).

3. Comment vivre avec une schizophrénie (17mn)

Comment vivre avec une schizophrénie.mp3

Quel est le rôle de l’entourage, de la famille et des associations dans la réinsertion des malades ? Les conseils du Pr Jean-Pierre Oliéchef du service de santé mentale et de thérapeutique de l’hôpital Sainte-Anne (AP-HP) et du Dr David Gourionpsychiatre à l’hôpital Sainte-Anne (AP-HP).

Chat avec Claude Finkelstein, présidente de la Fédération nationale des patients en psychiatrie (FNaPsy)

LEMONDE.FR | 19.04.10 | 17h32 • Mis à jour le 20.04.10 | 18h02

L’intégralité du débat avec Claude Finkelstein, présidente de la Fédération nationale des patients en psychiatrie (FNaPsy), mardi 20 avril 2010, est sur le site du journal Le Monde et ci-dessous.

Claude Finkelstein est présidente de la Fédération nationale des patients en psychiatrie.

guilmard : Comment concevoir une hospitalisation psychiatrique à domicile ? Quelle organisation ? Quels objectifs ? Pour quels types de maladies ?

Mme Claude Finkelstein : Pour moi, il n’y a pas d’hospitalisation psychiatrique à domicile, il y a des soins à domicile, des soins acceptés ou sous contrainte. Cela correspond à des visites à domicile d’infirmiers psychiatriques et/ou de psychiatres ; pour les soins sous contrainte, évidemment ce sera plutôt des molécules retard. Par exemple une injection par mois pour les maladies les plus difficiles.

L’objectif : des soins de meilleure qualité si le patient accepte qu’ils soient faits à domicile. Pour quels types de maladie ? Pour les maladies qui nécessitent des soins au long cours et réguliers, comme les psychoses : la schizophrénie, les troubles maniaco-dépressifs, etc.

NRF : Qu’appelle-t-on des molécules retard ?

Comme pour les autres pathologies, par exemple le diabète, il existe des molécules qui sont administrées une fois et qui font de l’effet pendant huit à quinze jours, voire un mois.

guilmard : Cela voudrait-il dire que, sur simple appel téléphonique d’un membre de l’entourage, que la personne soit majeure ou non, un psychiatre pourrait se déplacer au domicile de la personne en situation de mal-être ?

C’est déjà le cas. Souvent, pour les personnes qui sont en déni de maladie, l’entourage peut faire appel à un professionnel, qui décidera si oui ou non une hospitalisation sous contrainte doit être proposée.

Guest : L’hospitalisation « hors de l’hôpital », à défaut d’être « à domicile », n’est-elle pas déjà une réalité lorsque l’on voit le nombre de personnes que les hôpitaux psychiatriques ne « gardent » pas au-delà de quelques jours ?

Il faut faire la différence entre l’hospitalisation et les soins sous contrainte. Là, on parle de soins sous contrainte en ambulatoire. Je ne pense pas que l’hospitalisation hors de l’hôpital soit déjà une réalité. Ces maladies sont des maladies qui se soignent très bien hors de l’hôpital.

croisettes : Pensez vous réellement qu’un patient inconscient de ses troubles acceptera une prise en charge à domicile régulière ? N’y verra t-il pas au contraire une possibilité d’échapper à l’hospitalisation ?

Un patient peut être inconscient de ses troubles lors d’une crise, ce qui ne veut pas dire qu’il est totalement inconscient de la maladie qu’il subit. Certains accepteront cette prise en charge à domicile régulière afin de ne pas être dans un hôpital. C’est un choix personnel.

Alain : De moins en moins de lits, de moins en moins de professionnels, de moins en moins de moyens, de plus en plus de patients…comment faire ?

Je ne suis pas sûre que la réponse aux patients soit obligatoirement des lits. Ceux-ci sont la plupart du temps utilisés pour les patients dits « au long cours », qui devraient bénéficier de structures alternatives. Nous avons le plus fort taux de psychiatres au nombre d’habitants en Europe, et également un des plus forts taux de suicides. Il me semble que c’est plus une question d’organisation, et surtout de prévention.

guilmard : Faut-il, comme cela se passe actuellement, attendre les tentatives de suicides, pour que les malades, inconscients alors, soient enfin pris en charge, ou aient enfin un début de prise en charge…

C’est le grand problème : nous n’avons aucun système de prévention, aucun système de politique de santé publique sur la santé mentale, et une grande difficulté de réponse à la demande.

laurent : Est ce envisageable lors d’épisodes maniaques ?

D’abord il faut une hospitalisation à l’hôpital, avec une observation et une discussion avec la personne pour voir si un retour au domicile peut être envisagé avec prise de molécules.

leoniedas : Vous êtes donc pour la fermeture des centres hospitaliers spécialisés en psychiatrie ?

Je l’étais, mais je le suis beaucoup moins depuis que j’ai visité régulièrement des services psychiatriques en hôpital général. Je suis pour de petites unités, genre cliniques publiques, à taille humaine, mais spécialisées en psychiatrie. Parce que dans les hôpitaux généraux, le service psychiatrique est le parent pauvre, on lui retire du personnel, on n’envisage pas de rénovation.

croisettes : La prise en charge hors les murs demande des moyens humains importants. Vont-ils être pris sur les moyens alloués à l’intra hospitalier ? Si oui où est le bénéfice ?

Pour l’usager, le bénéfice est important s’il accepte d’être soigné chez lui : pas de désocialisation, pas de stigmatisation… Je ne pense pas qu’actuellement il y ait plus de moyens donnés à la psychiatrie, comme aux hôpitaux généraux. C’est une question de société.

Ricardo 2009 : L’hospitalisation à domicile est-elle possible pour des patients psy ne voulant rien du tout, tels les SDF ? Qui pourrait assurer leur securité ? Les soignants, les flics ?

Toute hospitalisation ou soins sous contrainte est possible pour les personnes dangereuses pour elles ou pour les autres. Les soignants sont là pour assurer la sécurité, l’humanité et le soin.

Marguerite : Il y a quelques années, j’ai dû faire interner quelqu’un de ma famille pour des délires. Cette personne a eu ensuite des soins en centre ouvert et un traitement médicamenteux. Je n’ai jamais pu avoir de diagnostic de la maladie. Cela pose des problèmes car la famille ne sait pas comment se comporter et comment réagir à la suite de délires et
visions résurgentes. Que faire ?

La personne soignée peut demander l’accès direct à son dossier médical dans lequel il devrait en principe y avoir un diagnostic. Ce qui vous permettrait de faire des recherches sur la maladie. En psychiatrie, nous souffrons terriblement du manque d’information sur le diagnostic, sur la maladie. Les familles, les proches souffrent également de non-information sur ce qui se passe, sur ce qu’ils pourraient faire pour aider la personne. Je pense que c’est très grave.

Jackie : Nous sommes une association d’usagers (1991) de la psychiatrie, forte de plus de 120 membres, et nous n’avons même pas la possibilité d’être reconnu comme groupe d’entraide mutuelle (GEM). Pourquoi et comment faire ?

Un groupe d’entraide mutuelle est composé d’usagers en psychiatrie et fonctionne comme un club de soutien et d’entraide. Nous avons obtenu, par la loi du 11 février 2005, qu’une aide soit accordée à ce type de clubs. Cette subvention, d’un montant maximum de 75 000 euros par an, leur permet de trouver un local et d’avoir deux animateurs pour les aider dans la vie de tous les jours. Il en existe actuellement 343 sur toute la France, mais de nouvelles créations ne sont pas encore envisagées.

Ludovic : Comment la liberté des individus est-elle preservée dans le cadre d’une hospitalisation sous contrainte à domicile ?

Les soins sous contrainte sont une atteinte à la liberté « pour le bien du patient ». C’est la difficulté en psychiatrie, justement, ces soins indispensables parfois qui touchent à la liberté de chacun. A domicile, pour nous, les soins sous contrainte ne peuvent être que proposés et acceptés par la personne qui est hospitalisée sans son consentement. Nous passons actuellement d’une loi qui permet l’hospitalisation sans consentement à une loi qui instaurerait les soins sous contrainte.

Marguerite : Quels sont les moyens proposés aux familles pour pouvoir aider leurs malades ? Pourquoi ce refus des psychiatres de parler aux familles ? Finalement ce sont eux qui font perdurer le « tabou » de la maladie. Quand un membre de la famille a une maladie grave ou autre, on est au courant, et là rien, le grand silence…. Si les points de vue du « public » ont évolué , celles des praticiens en aucune façon…

Les familles connaissent les maladies des personnes si celles-ci sont d’accord, et ce, quelle que soit la pathologie. En revanche, en cas d’hospitalisation psychiatrique, en cas de maladie et de crise, il serait indispensable que les psychiatres rencontrent les familles en dehors du patient et leur expliquent ce qu’est la maladie, les moyens de la combattre, et leur donnent un soutien.

FF38 : Pourquoi donner plus de moyens aux Unités pour malades difficiles (UMD) et aux Unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) pour les détenus alors que les schizophrènes qui prennent leur traitement en ont besoin aussi : appartements thérapeutiques, allocation autonomie handicapé (AAH) à laquelle ils ont droit mais qu’ils ont du mal à obtenir…

Les moyens ne viennent pas des mêmes « enveloppes ». Il y a les moyens pour la santé et les moyens pour le social et le médico-social. Cela devrait s’arranger avec les agences régionales de santé (ARS). Je suis d’accord avec vous, mais il faut des unités pour malades difficiles dans certains cas.

Alexandre : Que pensez vous du modèle scandinave, qui sacrifie parfois l’hospitalisation à proprement parlé pour des soins à domicile 2.0 (avec Webcam et matériel domestique par exemple) ?

On y arrivera, je pense, mais nous ne sommes pas encore prêts. En psychiatrie, les moyens humains sont indispensables car il s’agit de maladies de l’être, la relation est primordiale.

Ludovic : Est-ce que ces médicaments ne servent pas simplement à annihiler la volonté de la personne malade ?

Vous parlez de la camisole chimique. Les médicaments sont parfois indispensables pour calmer la souffrance. Il ne faut pas l’oublier. En revanche, les effets secondaires sont souvent perçus comme une atteinte à notre liberté et à notre volonté. Il faudrait pouvoir discuter avec les soignants des molécules administrées.

Alexandre : Pensez vous que l’amélioration de la condition des malades soignés et de leur réinsertion doit aussi passer par une sensibilisation de ceux en bonne santé ?

Oui, dans l’absolu. Reste à savoir ce que c’est que d’être en bonne santé. Où est la frontière dans notre société ? En revanche, une campagne de déstigmatisation est indispensable. La société a toujours peur de la folie, de ce qui ne se maîtrise pas.

Programmation sur la folie au Monfort Théâtre dans le 15e à Paris

Est programmé au Monfort Théâtre du 3 au 25 mai une série de spectacles, documentaires et table ronde sur la thématique « Folie & Identités ».

Avec cette programmation originale, nous aimerions explorer le trouble identitaire, la schizophrénie et les maladies mentales.

Par exemple, la soirée du lundi 17 mai :

–          19h : Chut (marionnettes, théâtre) d’après La Tête en bas de Noëlle Châtelet

–          19h45 : Table Ronde, discussion/débat avec le public sur le spectacle. Avec Noëlle Châtelet, Yann Ciret et Jean-Pierre Winter (psychiatre).

–          21h : Déversoir d’Angela Laurier (contorsion, danse) qui fait monter sur scène son frère schizophrène.

Mais aussi : projection du documentaire San Clemente de Raymond Depardon, Miroir Miroir de Mélissa Van Vépy (trapèze), Singularités Ordinaires du  GdRA (théâtre, cirque, musique), J’aimerais pouvoir rire d’Angela Laurier….

Toute la programmation sur www.lemonfort.fr.

Extrait du dossier de presse :

Il s’agit au vu du traitement actuel, principalement psychiatrique, de la folie, de nous
interroger en tant que spectateur sur cette notion. Elle a subi de nombreuses transformations et les termes pour la désigner aussi ; sur la folie en tant qu’objet de représentation dans le
langage et plus spécifiquement dans le langage de l’art. La folie ne fut pas d’abord l’objet d’étude du corps médical. Et autour de cette notion, ce sont à la fois la philosophie, l’art, la
religion qui ont agit à la structurer. La folie est affaire de langage : cela concerne le langage des fous, la folie en tant que langage et les différents discours qui tentent de la définir
(philosophique, psychanalytique, psychiatrique). La folie et ses discours se sont mutuellement transformés. La folie regarde le monde et les hommes. Les hommes l’observent et la regardent les regarder. Elle est un point vertigineux, un miroir déformant, et au bout, dans son histoire, aujourd’hui, qui n’est pas son terme, un ensemble de paroles contre lequel se fixe une certaine normalité. En somme qui est normal l’est par opposition à ce que les discours de son siècle appellent la folie.

Théâtre Silvia-Monfort
106 rue Brancion
15e arrondissement de Paris